Sous le vent de l'incinérateur
11 juillet 2008 - 09:55 - Pascal B.
L'Hebdo de Charente-Maritime signale une pollution par les dioxines émises par l'incinérateur de Sugères. La ville se trouve sous le panache de l'usine de retraitement, les vents dominants venant de l'ouest. Ce n'est excellant pas pour la santé nous signale Pascal Dupuy atteint d'un lymphome et en traitement en oncologie et radiothérapie depuis 4 ans pour avoir vécu son enfance à proximité d'un incinérateur.A la suite de plusieurs crises sanitaires déclenchées par l’inquiétude des populations vivant au voisinage d’incinérateurs, l’InVS et l’Afssa ont publié en 2003 des rapports recommandant la réalisation de deux études épidémiologiques à l’échelle nationale. Ces études ont été réalisées et leurs premiers résultats ont été rendus publics aux Journées de veille sanitaire de l’InVS le 30 novembre 2006.
L’étude « cancers » a mis en évidence un lien statistique (relation exposition/risque) entre le fait de résider sous le panache d’incinérateurs anciens et la survenue de plusieurs cancers (foie, lymphome non hodgkinien, sarcome des tissus mous, sein). Ce lien se traduit par des excès de risque significatifs, même s’ils sont faibles par rapport à beaucoup d’autres facteurs de risques des cancers (augmentation du risque de l’ordre de 5 à 10 % pour les personnes très exposées par rapport aux personnes les moins exposées).
L’étude « imprégnation » montre que les taux de dioxine mesurés aujourd’hui dans le sang des personnes vivant au voisinage des incinérateurs ne sont pas plus élevés, statistiquement, que chez des personnes non exposées. On constate cependant que les agriculteurs consommateurs de produits animaux locaux (viande, laitages, œufs) vivant au voisinage d’incinérateurs anciens ayant beaucoup pollué ont un taux de dioxines plus élevé, statistiquement, que les personnes non exposées. Cette différence n’est pas retrouvée au voisinage des incinérateurs aux normes.
Le lien statistique retrouvé dans l’étude « cancers » ne permet pas, à lui seul, d’établir une causalité entre les émissions polluantes des incinérateurs et le cancer, mais il vient à l’appui d’autres études qui vont dans le sens de cette hypothèse. Par ailleurs d’autres substances que les dioxines peuvent être impliquées : métaux, hydrocarbures aromatiques polycycliques, poussières. Enfin ce lien reflète une situation d’exposition ancienne (années 70 et 80) très différente de la situation actuelle car les incinérateurs sont aujourd’hui mieux contrôlés et moins polluants. Les résultats de l’étude Imprégnation, qui reflètent une exposition plus récente (années 90 et 2000), illustrent cette amélioration.
Le détail des études est disponible dans les documents suivants :
- Synthèses des résultats. Plaquette.
- 65 questions-réponses sur les incinérateurs et les dioxines.
Incidence des cancers à proximité des usines d’incinération d’ordures ménagères. Premiers résultats
- Plaquette. Premiers résultats.
- Note de synthèse sur les résultats préliminaires


Compte rendu
Nous avons rencontré Monsieur Etienne Vitré, directeur du SMITCOM et Monsieur Serge Augé, responsable technique du site.
Il ressort de cet entretien les points suivants :
L'usine a une obligation légale de procéder à 2 analyses de dioxine par an. Celles-ci sont réalisées par une entreprise privée indépendante choisie par appel d'offre. Les résultats sont connus un mois plus tard. Le coût financier des ces analyses est important. C'est pourquoi, des tests quotidiens ou mensuels ne sont pas envisagés.
Le SMITCOM est un syndicat mixte qui ne fait pas de bénéfice. Il est compétent pour traiter les déchets sur un territoire de Marans à Matha et l’Ile de Ré. C'est pourquoi, les déchets peuvent être transférés d'un site à un autre par des camions du syndicat. Ainsi, Surgères traite les déchets de l'Ile de Ré. En cas d'impossibilité de les traiter rapidement, l'usine les stocke et les brûle pendant une période creuse; ce qui explique le fonctionnement de l'usine environ 320 jours par an, 24 heures sur 24 soit 50 tonnes par jour.
Du fait de taux importants, le préfet a ordonné une remise à niveau des émissions toxiques pour le 17 juillet sous peine de fermeture du site. La direction a décidé de suspendre l’incinération des déchets. Elle a procédé ce jour à des mesures dont les résultats seront connus début août. Elle a aussi procédé à des modifications techniques (ajout d’un ventilateur pour améliorer la combustion).
La fermeture du site n’est pas du tout envisagée, le personnel de l’usine travaille au respect des normes.
Monsieur VITRE a voulu nous rassurer sur les émissions de l’installation, bien qu’elles dépassent les taux prescrits. Elles sont faibles par rapport à celles des années 70-80. Cependant, il faut respecter les normes. Il nous a indiqué que nous pouvons avoir accès à l’historique des résultats des analyses d’air et de sol au SMITCOM et à la mairie. Or, la mairie n’en dispose pas, selon Monsieur Pierre Hugues que nous avons rencontré aujourd’hui.
Enfin, Monsieur Vitré nous a invité à venir étudier les résultats des rejets sur plusieurs années et à répondre à nos questions.
A chacun de se documenter et de préparer ses questions.
A bientôt pour envisager la suite.
Emmanuelle et Pascal Dupuy
[ Répondre | # ]